05.09–12.10.2026
« Je me souviens que dans certaines traditions du monde arabe, une grenade est jetée à terre lorsque deux nouveaux mariés s’apprêtent à passer leur première nuit réunis. Si le fruit se fend et que de nombreuses graines en tombent, c’est le présage d’une famille nombreuse. Je doute que mes parents se soient adonnés à ce rituel, mais imaginons : le fruit se fend, sept graines de grenade en tombent, sept 7abbat al Rummana. Elles sont alors méticuleusement dotées d’un prénom arabe dont la signification ou la charge symbolique plaît aux parents. » Dans l’appartement familial, Amira Temmar photographie les traces, parfois discrètes, d’un héritage algérien marqué par l’immigration et l’assimilation. Ce qui demeure se retrouve dans les corps, les objets, les habitudes et les récits du quotidien, qu’elle transcrit en français et en darija algérois. Les langues se côtoient et se répondent ; leur coexistence témoigne des métissages qui traversent cette famille. Les particularités du dialecte algérien font apparaître, en filigrane, une histoire marquée par la colonisation. Dans 7abbat al Rummana, la mise en valeur du quotidien permet de proposer, en creux, une représentation des familles musulmanes qui s’éloigne des héritages coloniaux et orientalistes.
